C'était une fille un peu fantasque, pas folle, juste trop rêveuse.
Alors que les jeunes filles étaient blondes ou brunes, elle se teignait en rouge et voulait se teindre en vert émeraude. La jeunesse se maquillait, aimerait paraître plus âgée alors qu'elle voudrait rester enfant, danser dans le vent d'une plaine enneigée jusqu'à en avoir le vertige avec Lui comme seul spectateur perché dans un arbre. A l'instar des autres filles de son âge, sa seule vie c'était lui. Mais contrairement à elles, sa mièvrerie lui faisait honte et elle se comparait à une collégienne amoureuse de quatorze ans.
Il se voulait que les filles veuillent être princesses, riches, belles, aimées. Elle aimerait juste être un petit hamster hors de son mixeur ou bien un petit chaton se faisant câliner à longueur de journée. Bien sûr que le statut de SDF n'est pas son rêve, mais être riche à souhait non plus, elle s'ennuierait vite. Belle, elle ne le pense pas, mais elle se trouve jolie dans Son regard, par Ses paroles, et ça lui suffit.
On la traite de folle, de démone, de cruelle. Mais n'est-elle pas juste une petite fille qui a grandit trop vite ? Qui n'a pas aimé ce qu'elle a vu dans l'humanité et qui souhaite donc, à juste titre, sa destruction ? Folle, peut-être, après tout elle est schizophrène. Démone ? Non. Juste athée et casseuse d'illusions, un peu trop franche oui. Cruelle ? Misanthrope serait un mot plus approprié. Ce n'est pas par cruauté qu'elle refuse d'enfanter mais par dégout de la race humaine et par non-envie tout simplement.
Tandis que la mode est au moulant, au style fashion, aux couleurs, à la féminité, elle est aux jeans de gars, aux t-shirt à l'effigie de groupes de Métal, aux jupes gothiques noires, aux vêtements plus généralement larges et insipides. Son goût ? Le confort avant tout. Les bijoux sont en or, en argent, flash, colorés, gros, voyants. Les siens sont discrets, fins, gris ou noirs. Voir à piques, avec des têtes de morts. Certes ça se remarque, mais au moins elle assume. Parce que les boucles d'oreilles de 10 cm de diamètre rose fluos... Ce qu'elle aime c'est la simplicité, la discrétion, se fondre dans le paysage, se faire oublier. Telle la petite souris face à l'anaconda.
Elle est calme, trop calme, mais une tempête gronde au fond d'elle. Elle l'extériorise par ses lectures, terreur, thriller, déchéance, ses gouts musicaux, Hard Rock, Métal, Punk, ses films préférés, décadence, thriller, angoisse, etc... Alors qu'elle doit supporter les groupes pour pucelles de quatorze ans, les chanteuses pour puceaux du même âge, le R&B, le Rap et leurs paroles très constructives... Les résumés des comédies romantiques à la mode... Les livres à l'eau de rose et autre histoires d'adolescents... Elle en lit oui, mais juste un peu pour rêver quand elle se sent d'humeur joyeuse.
« Si tu ris tu gagnes de la vie, si tu stresses t'en perd. » Litanie des filles de sa classe. Si elle pouvait ne plus rire et stresser à la place, elle ne s'en sortirait pas plus mal. Non mais vous la voyez vivre jusqu'à quatre-vingt ans ? Elle périra d'elle-même avant puisqu'elle veut choisir sa mort, autant le faire tôt. Si elle est heureuse en amour avec un ou une, peut-être qu'elle rallongera son espérance de vie. Mais dans le cas contraire... Pourquoi les humains ont-ils si peur de la mort ? Parce que c'est la non-existence ? Et alors ? Ils devraient être contents, ils ne stagneront pas entre plusieurs états. « La plus grande peur de l'homme c'est la mortalité, il veut laisser une trace. » Faux. Elle ne fera pas de livres, pas de peintures, pas d'enfants, rien. Comme ça on l'oubliera. Et puis elle tuera ses connaissances, comme ça elle ne vivra pas dans leurs souvenirs. « Chaque homme aspire à être Dieu ou son égal. » Mouais. Elle ne peut s'empêcher de douter. Elle serait bien malheureuse si elle était immortelle ou Dieu. Elle plongerait le monde dans la déchéance mais ça ne l'amuserait que quelques minutes. Après elle se lasserait. Non. La mortalité c'est bien. Et puis n'est-ce pas ce qui donne du piment à l'existence ? Enfin, à celle des autres, parce que la sienne on ne va pas dire qu'elle l'aime vraiment.
En bref, elle est elle, vous êtes vous, ils sont ils. Et tout va bien comme ça. Elle ne veut pas être vous, elle ne veut pas êtres ils, ils ne veulent pas être elle et vous ne voulez pas être elle. Alors que ils et vous êtes pareils. Et elle c'est moi, et moi c'est elle.